Santé - Médecine personnalisée

Suivre les effets de la commotion cérébrale chez le jeune enfant

Date:

Mis à jour le 26/02/2026

Suite à un choc, les commotions cérébrales dans la petite enfance peuvent entraîner des retards de développement. Mais à ce jour, il n’existe pas d’outil pour prédire si oui ou non tel va être le cas. En particulier, en s’appuyant sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM), on ne peut pas comparer les images du cerveau d’un enfant ayant subi une commotion à des images montrant le développement cérébral classique. Scientifique en neuro-imagerie au Centre Inria de l’Université de Rennes, Fanny Dégeilh élabore une méthode pour construire un référentiel de ce type qui intègrera la variabilité pouvant exister d’un enfant à l’autre sur l’échelle du temps.
imagerie cerveau
© Inria / Photo H. Raguet

Chaque année dans le monde, 2,7 millions d’enfants subissent une commotion cérébrale dite ‘légère’. Quelles séquelles en attendre ? Parfois aucune. Parfois des altérations de développement plus ou moins graves. La neuro-imagerie peut-elle aider à prévoir cette évolution et ainsi anticiper les soins éventuellement nécessaires ? Actuellement, non. Car il n’existe pas de référentiel normatif du développement cérébral du jeune enfant auquel on pourrait comparer de nouvelles images. Pas d’équivalent donc de la courbe poids/taille que l’on trouve dans nos carnets de santé. Et c’est précisément un outil de ce type que Fanny Dégeilh va élaborer durant les quatre prochaines années, dans l’équipe de recherche Empenn[1] au Centre Inria de l’Université de Rennes. Le projet s’appelle CoYoKi : Concussions in Young Kids. Il est financé par l’Agence nationale de la recherche dans le cadre du programme Jeune Chercheur Jeune Chercheuse.

Verbatim

Nous voulons savoir si une commotion cérébrale affecte le développement d’un enfant. Est-ce que tout va bien et il continue à évoluer selon une trajectoire que l’on appellerait la norme ou est-ce qu’il s’en éloigne à un moment ? Est-ce que cela revient ou se creuse au fil du temps ? Nous souhaitons détecter ceux pour qui cela va avoir un impact sur le développement du cerveau et comprendre quels seraient les mécanismes pour aider ces enfants.

Auteur

Fanny Dégeilh

Poste

Chercheuse Inserm au sein de l'équipe-projet Empenn

À une époque, la médecine a pu considérer que les commotions légères n’étaient pas très graves. “L’hypothèse était que le cerveau possédant une certaine plasticité, les petits chocs se réparaient bien. On supposait que le cerveau des enfants jeunes étant particulièrement plastiques, ceux-ci récupéraient d’autant mieux. Cependant, des études ont montré que ce n’est pas forcément le cas. Oui, la majorité récupère très bien, mais environ 30% vont rencontrer des difficultés.” Mais ce n’est pas facile à prédire…

Double Variabilité

Une alternative à la sédation

Comment réussir une IRM d’un enfant de moins de 5 ans sans avoir à le sédater ? Comment le maintenir immobile pendant plusieurs dizaines de minutes à l’intérieur d’une machine impressionnante et au demeurant très bruyante ? Fanny Dégeilh est l’auteur d’un protocole d’accompagnement et de familiarisation ludique qui a été publié en 2023 dans la revue Pediatric Radiology [2]

Avant la séance, on prépare les enfants pour qu’ils soient le plus détendus possible. On leur fait écouter le bruit de la machine pour qu’ils se familiarisent. On leur lit une histoire que j’ai écrite et qui est illustrée par un graphiste. Cela parle d’un petit écureuil qui vient passer une IRM. On le voit qui se change, qui s’installe dans la machine… De cette façon, on explique à l’enfant tout ce qui va se passer. On le met en confiance. On lui donne ensuite un petit lapin en peluche qui va entrer dans la machine avec lui. Et pendant toute la séance, on va lui proposer de regarder un dessin animé.” Résultat ? “Ça marche ! On obtient de très belles images parfaitement nettes et les enfants sont contents de l’expérience.

En fonction de comment l’enfant tombe, comment il se cogne, les blessures dans le cerveau vont être différentes. Par ailleurs, “les régions cérébrales ne se développent pas toutes en même temps. Donc elles ne sont pas sensibles de la même façon à un moment donné. Une région en développement est plus fragile qu’une région déjà développée. Et comme chaque enfant présente sa propre dynamique de développement, deux enfants du même âge qui tomberaient exactement de la même façon, auraient sûrement des blessures différentes.”

 Outre cette double variabilité, les recherches se heurtent à un autre problème : les images cérébrales de jeunes enfants demeurent rares. Car pour réaliser une IRM sans flou, il faut rester immobile pendant plusieurs minutes dans la machine. Difficile pour les bambins qui ont souvent la bougeotte. En pratique, les médecins recourent à la sédation. Une méthode complètement exclue dans un contexte de recherche. Durant son postdoctorat à l’Université de Montréal, Fanny Dégeilh a conçu un protocole innovant d’accompagnement des enfants afin de réaliser l’IRM sans devoir les sédater [ LIRE ENCADRÉ ]. Ce protocole est désormais utilisé au CHU de Rennes, partenaire de ces recherches. Il concerne des enfants de trois à cinq ans arrivant aux urgences après un choc à la tête.

Cc-by-nc-nd Fanny Dégeilh & Rovo, 2020

Le médecin propose de participer à notre étude. Si les parents acceptent, leur enfant viendra effectuer deux IRM. Tout d’abord dans les jours suivant la visite aux urgences. Puis à nouveau trois mois plus tard.”    Ce sera la première cohorte au monde d’enfants commotionnés suivis ainsi par neuro-imagerie sur une échelle de temps. L’objectif immédiat est de “caractériser la blessure pour chaque enfant. L’IRM permet-elle de la détecter ? Si oui, quelles séquences [3] de l’IRM le permettent ? Cette blessure est-elle liée à la présence de symptômes particuliers ?” Plus tard, ces images pourront être comparées à celles d’enfants n’ayant subi aucune commotion pour détecter d’éventuels écarts de développement.

Mais où trouver cette deuxième série d’IRM qui permettra de construire l’outil normatif ? En l’occurrence aux Etats-Unis. Des chercheurs américains mettent à disposition une collection de plus de 3000 images prises à différents moments du développement de 343 enfants de moins de cinq ans.

Pour pouvoir exploiter cette base, la chercheuse va devoir d’abord constituer ce que l’on appelle un atlas. “Même s’ils se ressemblent, les cerveaux ont tous des formes un peu différentes. Or, pour nos travaux, nous avons besoin de les mettre tous dans un même espace géographique. Nous devons nous assurer qu’une région d’un cerveau d’un participant est bien alignée avec la même région du cerveau d’un autre participant.” Des atlas de ce type existent pour une population d’adultes, mais pas encore pour des enfants de moins de cinq ans.

Calculer une trajectoire moyenne

Le but ensuite est de modéliser la variabilité de développement qui existe d’un enfant à l’autre. “Nous allons prendre différentes images du cerveau d’un même enfant à différents moments de son développement, à différents âges. Puis lier ces images mathématiquement dans ce que l’on appelle une trajectoire longitudinale. Ainsi, nous pourrons dire : tel enfant a évolué de telle façon. Tel autre plutôt de telle manière. Et sur la base de toutes ces trajectoires individuelles, nous allons calculer une trajectoire moyenne. Nous pourrons indiquer qu’un enfant de tel âge possède un cerveau en moyenne de telle taille. Celui du voisin est un peu plus gros ou un peu plus petit. Mais cela reste normal.” Ces écarts types standards constituent la variabilité normative.

En utilisant ce référentiel, le clinicien pourra un jour suivre l’évolution d’un enfant qui a subi une commotion et la comparer avec norme de développement. “Le même outil pourra aussi servir dans d’autres contextes pathologiques.

Les travaux qui commencent vont durer 4 ans. “Nous aurons alors réalisé le développement méthodologique et nous nous approcherons d’un outil.” Les résultats de recherche seront intégrés dans Anima, la boîte à outils en libre accès de l’équipe Empenn. “Mais ce ne sera qu’une première étape. Il y aura ensuite encore beaucoup de travail avant de pouvoir espérer une utilisation dans un contexte clinique.

 


[1] Fanny Dégeilh est une chercheuse Inserm au sein d’Empenn est une équipe-projet Inria, Inserm, CNRS et Université de Rennes, commune à l’UMR Irisa.

[2] Lire : Behavioral-play familiarization for non-sedated magnetic resonance imaging in young children with mild traumatic brain injury, par Fanny Dégeilh, Jessica Lacombe-Barrios, Carola Tuerk, Catherine Lebel, Véronique Daneault, Ramy El-Jalbout, Jocelyn Gravel, Sylvain Deschênes, Josée Dubois, Chantale Lapierre, Isabelle Gagnon, Mathieu Dehaes, Thuy Mai Luu, Miriam Beauchamp, dans Pediatric Radiology, 2023

[3] Une séquence IRM est un réglage des fréquences radio et des gradients qui va produire une image particulière.