Penser le numérique dans nos sociétés tout en protégeant la vie privée

Date:
Mis à jour le 05/03/2021
Le numérique a investi la plupart des champs de notre société : réseaux sociaux, domotique, objets connectés, études et travail… Ce déploiement s'accompagne de questionnements éthiques. Alors que nos données ont acquis une valeur marchande et que notre vie privée doit être protégée, l’éclairage des sciences humaines et sociales peut nous aider à penser la place que nous voulons accorder au numérique dans nos vies.
Écran montrant la visualisation des appareils connectés dans une ville
© Inria / Photo C. Morel

Une fondation pour explorer les humanités numériques

Le numérique est partout dans nos vies. En quoi peut-il servir, ou non, les intentions de la société que nous voulons construire ? Cette question est la raison d’être de la Fondation Humanisme numérique. Créée en février 2018, sous l’impulsion de la métropole du Grand Nancy, elle fédère des individus venant du monde des sciences comme de l’économie, du numérique ou des arts et des lettres.

Les premières rencontres de son conseil scientifique ont fait émerger l’envie d’explorer et d’accompagner ce qui relève des humanités numériques à l’échelon local. Les futurs appels à projet, retardés par le changement d’équipe municipale et la pandémie de la Covid-19, devraient donc donner de la visibilité à des acteurs de terrain, associations, artistes, chercheurs, développeurs d’applications… Avec en ligne de fond, l’idée que, parce que ces enjeux nous concernent tous, la réflexion sur la place du numérique dans notre société ne peut pas se passer de l’apport des sciences humaines et sociales.

L’interdisciplinarité pour mieux protéger nos données personnelles

Pour l’équipe-projet Privatics, créée en 2014, l’interdisciplinarité est plus qu’une nécessité, c’est une revendication. Comment, en effet, se soucier efficacement de protection de la vie privée dans le monde numérique en se contentant du seul angle scientifique et technique ? La protection des données personnelles demande des apports juridiques, économiques, culturels… autant de partenariats à nouer avec des chercheurs en sciences humaines et sociales, et de vocabulaires différents à faire coïncider.

Un exemple dans notre vie quotidienne : avec l’entrée en vigueur en 2018 du Règlement général sur la protection des données (RGPD) sont apparues sur les sites internet des bannières demandant aux utilisateurs s’ils consentent au recueil et au partage d’un certain nombre de leurs données personnelles. Nataliia Bielova, chargée de recherche au sein de l’équipe, collabore avec une juriste des Pays-Bas sur la légalité de ces bannières. La chercheuse fournit à sa collègue les éléments techniques pour étayer sa réflexion juridique. Et analyser notamment si ces dispositifs ne comportent pas eux-mêmes des traceurs cachés…

Numérique et sciences humaines et sociales : des apports réciproques

Assistants vocaux : comment protéger la vie privée ?

Adossés à des algorithmes d’intelligence artificielle, nos assistants vocaux ont besoin, pour fonctionner, d’une très grande quantité de données. Or, nos propos disent beaucoup de nous-mêmes, ainsi que de nos proches… De quoi poser de potentiels problèmes de sécurité de nos données, et donc de respect de notre vie privée ainsi que de nos libertés individuelles et collectives. Le projet européen Comprise a été lancé pour répondre à ces enjeux de cybersécurité. Doté d’une enveloppe de trois millions d’euros pour trois ans (2018-2021), il fait collaborer une trentaine de chercheurs et ingénieurs issus des équipes Multispeech et Magnet, de l’université de la Sarre (Allemagne) et d’industriels européens spécialisés dans le développement logiciel et l’expertise juridique en traitement des données. Leur objectif : développer des méthodes d’apprentissage performantes qui ne conservent dans un ensemble de données que ce qui est vraiment utile, et le débarrassent de tout ce qui relève du personnel.