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Intelligence artificielle

AB - 27/03/2018

Bertrand Braunschweig et l'intelligence artificielle

Bertrand Braunschweig © Inria / Photo G. Scagnelli

À quelques jours de la publication du rapport Villani sur l'intelligence artificielle, Bertrand Braunschweig, coordinateur d'un  Livre blanc sur l'IA publié en 2016 et directeur du centre de recherche Inria de Saclay -Île-de-France, dresse un bilan des réflexions sur le sujet.

Inria a publié un livre blanc en 2016 sur l'intelligence artificielle. Les défis génériques de l'IA ont-ils changé depuis ?

Les grands défis ne changent pas aussi vite ! Nous avons mis dans le livre blanc sur l'IA des sujets sur lesquels nos équipes travaillent et qui motiveront de la recherche pendant encore de nombreuses années, ne serait-ce qu’au cours de l’exercice de notre nouveau plan stratégique scientifique qui porte sur la période 2018-2022, et dans lequel plusieurs défis pour l’IA sont identifiés. Disons qu’avec l’accroissement spectaculaire de l’intérêt pour l’IA, et avec le développement de ses applications dans tous les secteurs, ils sont devenus encore plus importants.

Je voudrais aussi souligner la montée des questions de vérification, validation, certification des systèmes d’IA et de leur corollaire, la capacité à produire des explications compréhensibles par les utilisateurs : derrière ces sujets techniques, c’est la problématique de la confiance envers les IA qui est posée, et qui va devenir un sujet majeur si elle n’est pas correctement traitée.

 

La robotique et la voiture autonome sont parmi les deux domaines de l'IA les plus commentés. Pensez-vous qu'ils vont rester centraux ? 

Le robot humanoïde iCub - © Clotilde Verdenal / LoeilCreatif

Je considère que la voiture autonome est un robot, donc pour moi ces deux domaines sont intimement liés. Oui, bien évidemment, quand on voit les investissements colossaux des constructeurs automobiles, des équipementiers et des fournisseurs de solutions de mobilité, il est fort probable que ce domaine d’application de l’IA restera central pendant quelques dizaines d’années.

Mais, à côté de cela, il y a d’autres énormes marchés, notamment celui de la société numérique, qui a été historiquement le premier à faire sortir l’IA de son hiver des années 1990, et qui comporte des enjeux économiques, technologiques et sociaux majeurs.

Plus généralement, on observe que tous les secteurs économiques viennent petit à petit à l’IA, en commençant par celui de la santé, qui a pris conscience du formidable progrès dans le diagnostic et le traitement des maladies que l’on peut en attendre ; mais aussi les secteurs de l’énergie, de la finance et de l’assurance, de la défense et la sécurité, de l’environnement, des jeux et loisirs etc. Il n’existe plus de secteur d’activité qui ne soit pas impacté par l’IA à moyen terme. Regardez par exemple la liste des lauréats du concours « Innov’up Proto IA et Robotique » de la région Île-de-France, c’est le reflet de la très grande diversité de l’IA d’aujourd’hui. Chez Inria, nous recevons de plus en plus de propositions de collaborations venant d’entreprises dans tous les domaines.


Il n’existe plus de secteur d’activité qui ne soit pas impacté par l’IA à moyen terme.


D'autres applications de l'IA ont-elles émergé depuis deux ans ? Un bilan de ces deux ans est-il possible ?

En dehors de l’impact économique dont je viens de parler, on peut identifier des performances spectaculaires et des annonces internationales importantes.

Certaines performances spectaculaires de ces deux dernières années ont fait la une des journaux : par exemple AlphaGo Zéro de Google DeepMind, qui a montré la puissance de l’apprentissage par renforcement en remportant encore une victoire contre les meilleurs joueurs mondiaux ; ou Libratus, le joueur artificiel de poker de l’université Carnegie Mellon, pour avoir battu les champions humains dans un jeu où on ne connaît pas la main de l’adversaire, contrairement par exemple aux échecs et au go. D’autres n’ont pas fait la une des journaux mais me semblent tout aussi importantes : la labellisation de flux optique par Nvidia avec de l’apprentissage profond, qui fin 2017 a obtenu des scores meilleurs que toutes les technologies classiques, un peu comme en 2012 lorsqu’un réseau neuronal convolutif avait devancé les concurrents historiques sur la campagne ImageNet ; ou encore les avancées de la start-up française Therapixel qui a devancé l’an dernier plus de 1200 équipes internationales sur la reconnaissance de cancer du sein d’après des mammographies.

Ces deux dernières années ont vu des annonces internationales marquantes, avec en premier lieu celle du plan IA de la Chine qui met d’énormes moyens au service de son ambition de devenir leader mondial de l’IA en 2030, ce qui est plutôt crédible au vu de la situation actuelle et du potentiel de ce grand pays ; nos amis canadiens ont continué à investir dans trois places phares de l’IA (Montréal, Toronto et Edmonton), encore très récemment avec l’annonce de l’initiative Scale.AI de plus de 200M$ sur l’IA pour la chaîne logistique. Nous avons aussi vu passer des déclarations fortes sur le couple franco-allemand, en particulier de la part de nos voisins allemands, mais sur ce plan je pense qu’il faut attendre la remise du rapport de Cédric Villani ce jeudi. En revanche, on peut malheureusement noter la relative frilosité de la Commission Européenne, qui je l’espère sera prochainement compensée, a minima dans la préparation du 9e PCRD.

 

Qu'attendez-vous du rapport Villani publié le 29 mars prochain ?

© Inria / Photo G. Scagnelli

Je suis très impatient ! Cela fait maintenant plus d’un an que nous avions remis le rapport #FranceIA au gouvernement précédent, François Hollande avait à l’époque promis 1,5 milliards d’Euros pour le soutien de l’IA en France. Début 2017 nous considérions déjà qu’il était urgent pour notre pays d’investir massivement dans l’intelligence artificielle, car les autres ne nous attendent pas ; j’espère donc que la remise du rapport sera accompagnée de décisions de soutien à la hauteur de nos ambitions.

Pour parler un peu plus du contenu, et compte tenu des grandes lignes du rapport que Marc Schoenauer (DR Inria Saclay, conseiller scientifique de la mission Villani) et Cédric Villani lui-même ont esquissées dans les médias ces dernières semaines, j’attends que les mesures prises nous permettent de rester au niveau de nos partenaires et concurrents internationaux en la matière. Nous avons besoin de soutien à la recherche pour amplifier encore notre action, et de mesures favorisant le transfert de ces recherches vers les entreprises.

J’attends également que ces mesures s’appuient sur les spécificités de notre pays et de notre société, qui met en exergue les questions d’éthique, de confiance, de respect de la vie privée, de sécurité : non seulement c’est une obligation morale, mais c’est également un avantage compétitif car en travaillant sur ces sujets, nous pouvons donner l’exemple et prendre le leadership sur ce qui pourrait constituer la condition indispensable du déploiement de l’IA dans l’économie, dans le monde entier.

Enfin, j’attends également un soutien à la mise en place d’infrastructures pour l’IA en matière de calcul et de partage de données : j’ai co-piloté le groupe de travail de l’alliance Allistene, qui a proposé la mise en place d’un Grand Équipement National pour l’Intelligence Artificielle (GENIAL) afin que nos chercheurs, nos chercheuses et nos entreprises disposent d’outils de calcul mais aussi de données partagées leur permettant de se maintenir au meilleur niveau international. J’espère que ce sera une des annonces de cette semaine.

Enfin, plusieurs domaines d’applications privilégiés pour l’AI, comme ceux que j’évoquais précédemment et qui étaient mentionnés dans la communication à mi-parcours de la mission Villani en décembre dernier (la santé, le transport, l’environnement et le secteur défense-sécurité), méritent un soutien spécifique pour développer la compétitivité des entreprises européennes, et j’attends des mesures concrètes à cet effet, notamment en partenariat avec nos amis allemands et européens.

Mots-clés : Voiture autonome Intelligence artificielle Voiture intelligente Robotique Bertrand Braunschweig Cédric Villani

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