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InriaSoft

Jean-Michel Prima (*) - 9/01/2018

Mutualiser le développement logiciel pour le pérenniser

© Inria / Photo N. Lacaux

InriaSoft vise à pérenniser le développement de logiciels d'envergure en associant leurs communautés d'utilisaterices et d'utilisateurs au sein de consortiums qui financeront une équipe d'ingénieures et ingénieurs en charge de leur maintenance et évolution. Le siège d'InriaSoft est basé à Rennes, comme l'expliquent Claude Labit, directeur, et David Margery, directeur technique de cette action nationale portée par la Fondation Inria .

Environ 1500 références composent la bibliothèque de logiciels d'Inria. Parmi ces prototypes de laboratoire, quelques-uns ont pris de l'envergure, rassemblant autour d'eux de vastes communautés d'utilisatrices et utilisateurs. Et c'est là que les choses s’enclenchent. « Inria n'a pas vocation à être éditeur des logiciels issus de ses équipes et qui seraient utilisés par le monde socio-économique, résume David Margery. Les missions d’Inria portent sur la recherche et sa valorisation. Il ne serait pas normal que l'institut continue à consacrer ensuite des ressources à maintenir des logiciels pour des tiers. »

L'action InriaSoft vise donc à trouver une solution technique et économique pour continuer à faire vivre ces logiciels sur le long terme. L'idée ? « Mutualiser les ressources , explique Claude Labit. Créer pour chacun de ces logiciels un consortium d'acteurs qui se mettent ensemble afin de bâtir une politique de développement de l'outil et constituer une corbeille de recettes collectives permettant de couvrir les dépenses nécessaires à son ingénierie. Les consortiums seront gérés au sein de la Fondation Inria. Cette structure de droit privé à but non lucratif permet à l'institut de mener des actions qui se situent en proximité mais en-dehors de son cœur de métier.  »

Toutes proportions gardées, ce que nous voulons faire ressemble aux fondations qui existent déjà dans le domaine de l'open source : Linux , Apache , Eclipse , etc. Certes, le montage diffère un peu, mais on retrouve ce concept où une fondation vient soutenir le développement du logiciel.

                                                                                      David Margery, directeur technique d'InriaSoft

Quelles sont les applications concernées ? « Nous instruisons, à ce jour, une quinzaine de dossiers, précise Claude Labit. Ce sont des logiciels qui nous paraissent importants du point de vue scientifique, mais aussi parce que des acteurs externes à lnria utilisent, souhaitent utiliser ou développer ces outils avec nous. Cette marque d'intérêt externe constitue un indicateur important de l'envergure et du caractère ouvert du logiciel. »

Le dispositif concernera d'abord, en 2017, quatre logiciels. « Ce sont les plus avancés dans la constitution d'un consortium. Nous commencerons par  Coq, un assistant de preuve. Nous incubons aussi  SOFA, un logiciel de modélisation multiphysique plutôt orientée vers la simulation médicale. Viendront ensuite  Pharo, un outil situé dans le domaine des langages, et  MMG, utilisé pour le calcul scientifique, le maillage, la modélisation. Ces choix reflètent par ailleurs la grande diversité des réalisations d'Inria. »

Fonds d'amorçage

Chaque consortium va rémunérer un ou plusieurs ingénieures ou ingénieurs. « Certains consortiums souhaitent démarrer directement avec deux ingénieures ou ingénieurs. D'autres ont déjà la perspective d'en avoir trois. »  Reste à trouver les ressources pour couvrir cette masse salariale. « Tous n'ont pas encore atteint l'équilibre économique. La Fondation Inria va donc abonder l’action InriaSoft via un fonds d'amorçage qui pourra permettre une phase d'incubation d'environ deux ans pour chaque consortium. La région Bretagne et Rennes métropole ont décidé de contribuer aussi à ce fonds puisque le siège d’ InriaSoft est localisé à Rennes. Nous tablons sur une vingtaine de consortiums à l'horizon 2025. Cela représenterait au minimum 25 personnes.  » Mais toutes ne seront pas forcément basées à Rennes. « Une partie des ingénieures et ingénieurs au profil scientifique et intervenant plutôt dans l'algorithmique du cœur du logiciel travailleront peut-être à proximité immédiate des équipes de recherche génératrices de ces outils , remarque David Margery. À Rennes, nous aurons les ingénieures et ingénieurs au profil plus généraliste pour tout ce qui touche à l’édition et au support du logiciel.  »

Malgré la nature hétérogène des logiciels, il existe « de vrais points communs dans tous les besoins d'industrialiser la production : comment on gère les tickets de support, comment on sort une nouvelle version, comment on réalise les tests de qualité, etc. Il y a tout un processus d'édition logicielle qui comporte beaucoup de facettes et que nous allons tendre à uniformiser pour atteindre des standards de qualité.  »

Une gouvernance au cas par cas

La diversité des cas de figures se retrouve aussi au niveau de la gouvernance des consortiums. « Les communautés sont très variées. Certains logiciels intéressent plutôt des industrielles et industriels. D'autres concernent surtout le monde académique. Parfois aussi, un grand nombre de codéveloppeurs et codéveloppeuses indépendante et indépendants contribuent à la dynamique du logiciel et veulent participer à l'élaboration de la feuille de route. Dans certains cas, le logiciel reste au cœur des préoccupations de l'équipe. Dans d'autres, il a fini sa vie en tant qu'objet de recherche et l'équipe ne souhaite pas rester très impliquée. Donc, on ne peut pas organiser la gouvernance de la même façon. Nous faisons beaucoup de sur-mesure pour trouver l'équilibre entre l'intérêt des unes et des uns, et des autres.  »

À noter enfin qu'InriaSoft prévoit aussi des modalités de sortie. « Si un consortium n'atteint pas la stabilité à l'échéance fixée, nous devrons nous poser la question de l'utilité de continuer à incuber quelque chose qui n'est pas économiquement viable , constate Claude Labit. Nous envisageons également des sorties 'positives' si un consortium s'éloigne de la philosophie initiale. Il peut y avoir un glissement dans lequel les adhérentes et adhérents deviennent non plus des actrices et acteurs agissant pour le bien commun mais plutôt des clientes et clients à la recherche d'une simple prestation de services. Si l'on entre dans une relation d'affaires, il faudra se diriger vers un modèle économique complètement différent. L'incubation du consortium aura été alors une première étape avant un transfert vers des acteurs  et  actrices de l'industrie ou la création d'une start-up autour du logiciel.  »

Les sept principaux objectifs d’InriaSoft

  • Augmenter l’impact de la production logicielle d’Inria en favorisant le transfert de cette production vers le monde extérieur ;
  • Assurer la pérennité des logiciels produits par la recherche afin de garantir aux utilisateurs et utilisatrices leur maintenance dans le temps ;
  • Professionnaliser la gestion de communautés et de consortiums autour des logiciels produits par la recherche ;
  • Permettre des développements à façon (sur les logiciels produits par la recherche) demandés par des partenaires externes, sans nécessaire lien avec des activités de recherche ;
  • Fournir les moyens nécessaires à l’édition d’un logiciel lorsque cela s’avère nécessaire pour son transfert ;
  • Favoriser l’émergence de start-up destinées expressément à l’exploitation d’un logiciel ou des services fournis par un logiciel ;
  • Dans un second temps, fournir les mêmes services à l’ensemble des laboratoires français du domaine du numérique.

Mots-clés : InriaSoft Fondation Inria Patrimoine logiciel Coq SOFA

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