Transports connectés

SUM : des solutions durables et innovantes pour la mobilité en Europe

Date:
Mis à jour le 18/07/2024
Comment favoriser l’usage des mobilités douces ? En les rendant les plus attractives et simples d’utilisation possible. C’est l’ambition d’un large projet européen, baptisé SUM. Chercheurs, villes et transporteurs, se penchent sur l’intégration et l’optimisation des transports en commun et des mobilités partagées. De quoi poser les bases d’une révolution de la mobilité en Europe.
Arbre train rail

30 partenaires pour trois ans au service de la mobilité douce

Trajet compliqué jusqu’au travail, manque de confort par rapport à la voiture, incertitude sur la disponibilité des véhicules partagés (vélos, trottinettes, etc.), tarif trop élevé… autant de raisons qui découragent les usagers de se déplacer en combinant transports publics et partagés. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par la Commission européenne, européenne, dont les résultats l’ont amenée à lancer en 2022 un vaste appel à projets. L’objectif ? Lever ces barrières et favoriser ainsi les transports en commun à travers toute l’Europe pour relever le pari du futur : proposer une mobilité efficace, connectée, résiliente, sûre et durable en ville, où 82% de la population mondiale devraient vivre d’ici à 2050. 

Un défi de taille à relever, pour lequel un consortium, lui aussi de taille, s’est créé. Il rassemble 30 partenaires, dont des universités et centres de recherche (tels qu’Inria), des villes, des sociétés privées et des services de transport public, autour du projet SUM (Seamless Shared Urban Mobility). Sélectionné par la Commission européenne, il est doté d’un budget de près de dix millions d’euros sur trois ans et a été lancé le 1er juin 2023. 

La modélisation en vue d’une tarification incitative et de parcours fluides

Luce Brotcorne, responsable de l’équipe-projet Inocs[1] du centre Inria de l’université de Lille, en est la coordinatrice :

Verbatim

C’est un projet très ambitieux, qui doit nous permettre d’aller jusqu’à l’expérimentation. Il est innovant sur plusieurs points : de par son ampleur bien sûr, mais aussi par les challenges scientifiques, techniques et sociaux qu’il représente.

« Nous allons par exemple travailler sur la tarification de bout en bout : comment proposer un ticket unique pour chaque trajet, quels que soient les modes de transport empruntés, qui soit attractif pour l’usager et rentable pour les opérateurs ? », poursuit la scientifique.

L’équipe-projet Inocs, spécialisée justement dans la modélisation et la résolution de problèmes d’optimisation de grande taille avec structure complexe, a d’ores et déjà recruté un premier doctorant pour étudier le sujet et un second pour se pencher sur le rééquilibrage des flottes de véhicules partagés en fonction de l’affluence des passagers. La question est elle aussi cruciale pour effacer chez les usagers la peur de ne pas trouver de véhicule disponible au moment voulu. Ces problématiques consituent deux des cinq piliers sur lesquels repose SUM. Les trois autres se déclinent eux aussi en véritables aventures scientifiques : adapter la mobilité partagée à la demande ; proposer des horaires et des tarifs intégrés entre les transports publics et les véhicules partagés pour fluidifier le parcours des usagers ; créer des centres de mobilité et revoir les infrastructures urbaines. 

« Pour établir les algorithmes et modèles nécessaires à chacun de ces sujets, les universités et centres de recherche ne travaillent pas chacun dans leur coin, mais en collaboration étroite, notamment via des thèses conjointes, comme c’est le cas entre notre équipe et l’université de technologie de Delft sur le problème de la tarification, souligne Luce Brotcorne. Des synergies se créent en fonction des problématiques et des expertises de chacun. Nous avançons également de manière collective avec les villes et les sociétés privées, grâce aux living labs. » 

Les living labs : une variété de configurations urbaines

Les living labs ? Ce sont les terrains d’expérimentations de SUM. Autrement dit, neuf villes au total, sélectionnées par les membres du projet pour leurs relations avec le monde de la recherche, leur typologie de transports et d’usagers, leurs souhaits et leurs contraintes en termes de mobilité, etc. Ainsi, Munich (Allemagne), Rotterdam (Pays-Bas), Jérusalem (Israël), Genève (Suisse), Athènes (Grèce), Cracovie (Pologne), Fredrikstad (Norvège), Larnaca (Chypre) et Coimbra (Portugal) ont accepté de tester certaines des applications mises au point par les scientifiques.

Une diversité qui permet notamment de couvrir des cas particuliers et de favoriser l’innovation, par exemple autour des véhicules autonomes : à Fredrikstad, des bateaux autonomes font partie de la flotte des transports en commun, tandis qu’à Munich, l’utilisation de véhicules autonomes circulant en périphérie pour rapprocher les usagers des centres de mobilités est à l’étude. 

Mais la variété des situations et des acteurs représente aussi une double gageure. D’une part, réussir à faire avancer les partenaires ensemble. « Le projet implique un fort aspect de management, afin de dynamiser les participants, y compris les villes où les entreprises privées qui n’ont pas forcément l’habitude des projets européens et particulièrement du reporting qu’ils impliquent », estime Luce Brotcorne. Et d’autre part, pouvoir extraire des cas particuliers des résultats assez généralistes pour être reproductibles dans d’autres villes.

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C’est en effet un important challenge : réussir, à la fin, à identifier ce qui a fonctionné ou non en sachant si cela relève du cas particulier ou de la généralité, pour formuler des recommandations les plus pertinentes possibles.

Des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques

Les retombées attendues du projet entrent dans six grandes catégories. La première et la plus fondamentale sans doute : réduire la pollution de l’air et la congestion du trafic, favoriser l’inclusion sociale et l’accessibilité. « Le projet porte tout un volet social et environnemental, rappelle Luce Brotcorne. Lorsque les applications proposeront aux utilisateurs divers chemins et modes de transports pour effectuer un trajet, elles privilégieront les solutions les plus propres, par exemple qui s’appuient sur des véhicules électriques. » 

Les cinq autres attentes sont tout aussi ambitieuses : l’augmentation – de 25% – de la part des mobilités nouvelles et partagées (NSM – New and shared mobility), tout en veillant à leur rentabilité ; l’intégration des NSM et des transports publics ; la configuration des infrastructures pour les NSM ; l’élaboration de recommandations pour les NSM ; enfin le partage et la communication autour des résultats du projet. 

Sur ce dernier point, SUM mettra d’ailleurs sur pied une plate-forme publique afin que ses résultats soient accessibles à tous… avec l’espoir que les Européens s’en saisissent. D’ici à 2026, les acteurs espèrent enrôler en tout 15 villes dans la démarche et 30 d’ici à 2030. En commençant par les « city observers » : des villes, en cours de recrutement, qui suivront le projet sans y participer dans un premier temps, mais qui s’approprieront ensuite les applications qui en sont issues. « Et nous espérons bien que Lille en fera partie ! », confie avec enthousiasme la responsable d’Inocs. 

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SUM a reçu un financement du programme de recherche et d'innovation Horizon Europe de l'Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101103646.
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[1] Inocs est une équipe-projet (commune avec Centrale Lille et l’Université Libre de Bruxelles), au sein de l'UMR 9189 CNRS-Centrale Lille-Université de Lille − sciences et technologies, CRIStAL.